Suite du 12-1
Quand il faut y aller, faut y aller...Surtout que j'arrive au bout!
Bientôt à moi la liberté...Car à un peu moins de 20 ans je n'ai toujours pas le droit de sortir, d'aller au ciné etc... Maison-lycée-maison!
Bon d'accord, comme c'est toujours moi qui fait les courses, ma mère ne fait plus semblant de ne pas savoir qu'en cherchant le pain le soir, en fait je rejoins les copains-copines à la gare de Gagny où ils prennent le train; elle va jusqu'à me donner directement l'argent pour m'éviter de repasser par la maison.
Par contre ce qu'elle ne sait pas, c'est qu'au début de l'année, j'ai un peu trafiqué mon emploi du temps pour avoir quelques zones de liberté.
Quel plaisir d'aller nous promener à l'automne, avec Joëlle et éventuellement d'autres camarades et de pouvoir ensemble refaire le monde comme de vraies adolescentes.
Et comme de vraies adolescentes, de pouvoir retomber en enfance et d'aller jouer à Tarzan sur "le plateau d'Avron", qui était un lieu en friche...C'est comme cela, qu'un jour, nous avions décidé de nous suspendre aux "lianes" pour sauter par dessus des branchages. Mais comme il ne fallait pas nous salir, nous nous étions mises en soutien-gorge.
Soudain un bruit de pas! la trouille de notre vie...vite rhabillées, nous sommes parties en courant, honteuses, nous rappelant soudain notre grand âge...
L'automne c'est bien...Mais voilà l'hiver; trop froid pour se promener; chacun rentre chez soi; joëlle a un petit copain; que faire de mes heures en plus?
Il y a bien eu une épidémie de grippe qui a fait manquer les profs juste aux heures qui m'arrangeaient. Mais bon, ce ne pouvait pas être crédible sur le long terme...Et me voilà, obligée d'aller travailler toute seule au café...Je m'ennuie...Et j'ai craqué en inventant un changement d'emploi du temps, et tant pis pour le printemps et ses promenades prometteuses...

De toute façon il va falloir réviser le Bac: bien entendu, même si je suis devenue un peu plus sérieuse (je n'ose écrire "mature", après vous avoir racontée mes tarzaneries...), je fais toujours des impasses.
Churchill étant mort dans l'année, c'est certain qu'on va avoir une question sur lui...sauf que nous ne l'avons pas étudié en cours; sauf qu'on n'en parle pas dans notre livre d'histoire...pas d'Internet...je ne trouve rien sur lui...Et bien entendu j'avais raison: j'essaie de me souvenir vaguement des nécrologies entendues...C'est rageant d'avoir deviné sans avoir pu en profiter.
Mais je vais connaitre pire!
Il y avait plusieurs degrés dans mes impasses: en premier le sujet que j'étais certaine d'avoir et que j'étudiais à fond (notes et livre); un ou plusieurs sujet possibles, que j'étudiais correctement, mais sans plus; et enfin, tous ceux dont je ne me préoccupais pas.
Bien entendu je ne décidais pas au hasard: je tenais compte des sujets sortis les années précédentes, de l'actualité, des suggestions des profs en cours d'année; je secouais tout cela, et je faisais mon tiercé.
En général je me retrouvais souvent dans la seconde catégorie, avec parfois quelques nuances...Et donc toujours sur le fil du rasoir...Tant pis pour moi, je n'avais qu'à tout apprendre!

Et voilà, que pour la première fois la chance me sourit: en sciences nat, je tombe pil poil sur le sujet dont je connais notes et livre par coeur.
N'ayant par ailleurs pas trop mal réussi le reste, c'est le coeur en joie que "je forme le monôme" dans les rues de Paris, comme c'était alors la coutume pour fêter la fin des examens....Formez le monôme, formez le mônome....

Et je pars même, avec l'UCPA, faire un stage escalade, avant de connaitre les résultats. C'est la première fois que je peux partir en vacances avec un organisme; mais c'est le début de l'amitié franco-allemande et l'UCPA, subventionnée par l'office Franco-Allemand organise des stages mixtes ( Français et Allemands réunis) à très bas prix. Etant "allemand première langue", sans avoir jamais eu les moyens de faire un séjour en Allemagne, mes parents sont tout à fait d'accord pour m'offrir ce séjour dans les Alpes.
Bon! je vais découvrir que l'escalade n'est pas vraiment ma tasse de thé; si dans quelques années, en vue de préparer un brevet de sauvetage, je vais constater que mon derrière est trop léger en s'obstinant à vouloir flotter eu lieu de descendre au fond de la piscine ne serait-ce que pour toucher la croix, je dois constater que pour l'instant il est trop lourd, ne serait-ce que pour m'élever d'un petit centimètre le long de la roche. De plus, avec les vieilles chaussures de montagnard prêtées, je me retrouve au retour de la première balade avec 20 ampoules à un pied et 18 à l'autre; dégâts constatés par les animateurs qui se sont vus à leur grand dam, obligés de m'accorder une journée de repos.
Pour autant, je n'avais pas envie de repartir...Et pourtant!
Télégramme de ma mère, m'enjoignant de rentrer immédiatement: je dois passer l'oral de rattrapage! Je n'y comprends rien...Mais pas le choix!

Les épreuves du Bac ne se passaient jamais dans notre lycée; pour les banlieusards que nous étions ( mais encore immatriculés 75 et non 93) tout se passait dans un lycée parisien.
Evidemment en arrivant à la maison je regarde mes notes: tout est comme prévu, c'est à dire moyen, sauf en sciences nat ou j'ai 1 sur 20 (oui, j'ai bien écrit UN). Je ne comprends pas?
Dés que j'arrive au lycée j'interroge la prof, avec qui je dois passer l'oral et qui a corrigé mon écrit; il s'agit d'une bonne femme revêche: "vous avez de la chance que les autres professeurs aient plaidé votre cause car je vous avais mis zéro, ce qui était éliminatoire. Vous avez triché mademoiselle! il y a des phrases entières du livre au mot à mot!"
J'ai essayé de plaider ma cause! mais difficile de prouver qu'on n'a pas triché, surtout lorsqu'on est sidérée, abasourdie, écoeurée!
J'avais joué; pour une fois j'avais gagné le gros lot; on me vole ma victoire...
Heureusement qu'il me reste suffisamment de lucidité pour ne pas me mettre en colère et rester calme; mais aussi que j'avais aimé les sciences naturelles étudiées en terminale: elle n'est pas arrivée à me coincer et l'air toujours mauvais et pincé, elle a du me mettre une bonne note!

JE SUIS ENFIN BACHELIERE.



J'en ai fini avec l'école, je vais pouvoir travailler et enfin vivre ma vie. Adieu l'Education Nationale! En tous cas c'est ce que je crois, pauvre innocente que je suis...